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Libye
Face à l'afflux important de migrants qui traversent les frontières libyennes, MdM déploie des activités médicales et psychosociales auprès des migrants subsahariens.
Depuis le début du conflit Lybien, Médecins du Monde s'est installé dans les camps de réfugiés postés aux frontières entre la Lybie, l'Egypte et la Tunisie pour leur apporter tout d'abord des soins d'urgence puis, la mission se transformant en intervention longue, pour créer des centres de santé afin d'y prodiguer, entre autres, des consultations psychologiques.
Le conflit en Libye
Quand le conflit a éclaté en Libye, Médecins du Monde a réagi rapidement en envoyant une mission humanitaire d’urgence à la frontière libyo-égyptienne afin d’évaluer les besoins d’aide médicale. Beaucoup de gens de la région étaient privés de services essentiels tels qu’électricité et eau, et comme les transports étaient en outre perturbés, la plupart survivaient avec des rations alimentaires limitées. Cette mission s’est rapidement transformée en intervention longue. Médecins du Monde a créé un centre de santé dans la ville de Salloum avec le concours des autorités égyptiennes. Avec plus de 10 000 personnes bloquées à la frontière, parmi lesquels des travailleurs bangladais, tchadiens et éthiopiens, l’équipe a dû traiter beaucoup de cas d’épuisement, d’état de choc et d’infection pulmonaire.
Au fur et à mesure que le conflit s’est propagé à travers la Libye, des personnes déplacées ont commencé à arriver en Tunisie. Notre ONG a lancé un programme humanitaire en se concentrant sur les camps frontaliers de Remada et de Choucha qui, à eux deux, abritaient plus de 18 000 réfugiés. Même si les services médicaux de la région géraient remarquablement la situation grâce au centre de santé militaire basé dans chaque camp. Médecins du Monde a assuré des consultations psychologiques et livré des fournitures médicales.
« Les réfugiés sont allés spontanément vers notre équipe pour discuter de leurs problèmes » explique la coordinatrice médicale. Ils souffraient de troubles psychologiques — se sentant perdus, en état de choc et rejetés — et ils ont été soulagés de pouvoir en parler. Quand l’équipe de Médecins du Monde les écoutait, « ils avaient à nouveau le sentiment d’être des “humains” ». Si le conflit se poursuit et s’étend aux montagnes de Nafusa, les camps seront probablement envahis par des centaines de civils berbères et MdM a promis aux autorités d’être là pour fournir des soins d’urgence.
Apporter soins et aide psychologique aux migrants subsahariens
Tunisie, camp de Choucha - programme d'urgence
LES ACTIVITÉS
MdM est présent à la frontière tunisienne dans le camp de Choucha depuis le 7 mars et a rapidement mis en place des activités psychosociales pour les ressortissants subsahariens présents sur le camp, en collaboration avec l’association malienne, l’AME.
Santé mentale : des groupes de parole ont été mis en place et menés par nos partenaires maliens et MdM dans des lieux d’écoute conviviaux mis en place dans le camp. Le psychologue présent sur place a également fait des consultations pour les cas nécessitant une prise en charge individuelle.
LES PERSPECTIVES
Les activités ont pris fin le 24 mars, les migrants ayant pour la plupart été rapatriés dans leur pays d’origine, il n’y avait plus de plus-value opérationnelle justifiant la présence de MdM. Au total (entre le 8 et le 23 mars), ce sont 46 groupes de parole qui se sont tenus avec 429
participants. 39 personnes ont été vues en entretien individuel. Depuis le départ de MdM, des liens sont maintenus avec un partenaire local afin de rester en veille sur la situation aux frontières.
Egypte, poste de frontière de Salloum - programme d'urgence
LES ACTIVITÉS
Notre ONG est présente au poste frontière depuis le 6 mars 2011. En lien avec les autorités de la santé égyptienne, les docteurs de l’OIM et du croissant rouge égyptien, Médecins du Monde a été récemment rejoint par d’autres acteurs qui étaient initialement rentrés en Lybie et ont été contraints de rejoindre la frontière égyptienne pour fuir les combats dans la région de Benghazi.
MdM a mis en place des activités de soins de santé primaire, psychosociales et d’identification des cas nécessitant une prise en charge médicale dans et hors du camp.
MdM a travaillé en collaboration avec le Ministère de la Santé dans la clinique installée au poste frontière de Salloum. La plupart des cas rencontrés sont liées aux conditions de vie à la frontière (rhumes, grippe et maladies respiratoires), maladies chroniques et grossesses.
LES PERSPECTIVES
La plupart des migrants ayant été rapatriés dans leur pays d’origine, le maintien des activités de MdM ne se justifiait plus. Les activités ont pris fin le 24 mars. L’équipe MdM présente au Caire fait office de point de contact pour continuer à veiller sur la situation à la frontière est de la Libye.
Mai 2011
Un réfugié de 34 ans
“J’ai décidé de quitter la Libye parce que ma vie était menacée et que je croyais en la révolution. Je travaillais comme ingénieur et je ne voulais plus aider le gouvernement libyen. Ils tuaient des gens. Ils ont abattu des manifestants qui se trouvaient à côté de moi. Ils ont dit qu’ils tiraient en l’air, mais c’est faux : ils nous tiraient dessus.”
Dr Julie Baillot, coordinatrice médicale, mission exploratoire, Tunisie
“Nous fournissons des médicaments pour soutenir les services de santé tunisiens dans leur travail avec les réfugiés. Nous leur avons dit que nous pouvions nous mobiliser rapidement et être là en 24 heures si la situation se détériorait ; il leur suffit de nous le demander.”
Témoignages du camp de Choucha
JF est un jeune Gambien de 27 ans arrivé au camp de Choucha le 27 février avec un groupe de jeunes Egyptiens. Selon son témoignage, à son arrivée à la frontière libyo-tunisienne, les soldats tunisiens ne l’ont pas laissé entrer sous prétexte que “les Noirs sont des traîtres, des mercenaires qui tuent les Libyens”. Cela a été un nouveau choc pour lui, car, en essayant de fuir les violences, il s’est rendu compte qu’il n’était pas le bienvenu en Tunisie.
OD est un Burkinabé de 35 ans qui s’est rendu en Libye en traversant le Mali et le Niger et qui y a travaillé durant les huit derniers mois. Sur ces huit mois, il en a passé quatre en prison en raison de sa situation irrégulière. Il décrit les rudes conditions de détention dans les prisons de Sabbath et de Tripoli (conditions physiques, verbales, psychologiques, négligence médicale, conflits sanglants entre les détenus, cellules inondées, mauvaise hygiène, fréquentes interruptions de la fourniture d’eau durant les périodes de chaleur intense, aspersions d’eau froide en plein hiver). Il raconte que les malades étaient exposés au soleil au lieu d’être soignés et que les parents ou les amis de détenus pouvaient débourser des sommes importantes pour les faire libérer mais n’obtenaient en contrepartie qu’un changement de cellule. Il dit avoir été témoin d’une scène où les gardiens ont frappé un détenu jusqu’à ce qu’“il ne bouge plus” et l’ont traîné hors de sa cellule. Durant sa détention, OD se disait qu’il allait mourir en prison sans pouvoir rentrer dans son pays et, aujourd’hui, il est “très affecté”.
JA est un jeune Ivoirien de 30 ans qui s’est rendu en Libye par le Mali et le Niger et qui y a travaillé pendant deux ans. En raison de la crise ivoirienne, il a mis sa famille (sa femme, ses deux enfants et ses deux sœurs) à l’abri chez son frère, qui vit au Ghana. JA dit avoir tout perdu en Libye à cause du racket et des fouilles des policiers, des soldats et des membres de milices libyens. A son arrivée au camp, il n’avait pour tout vêtement que la chemise et le pantalon qu’il portait.
JA ne veut pas rentrer en Côte d’Ivoire à cause de la crise qui y sévit, ni rejoindre sa famille au Ghana “les mains vides”. Il est dans une voie sans issue, qu’il décrit en ces termes : “Ici, c’est dur, c’est dur, je n’ai nulle part où aller.”
MA est une jeune Malienne de 19 ans mariée et mère d’un bébé de neuf mois. Elle est accompagnée par son mari, qui vit en Libye depuis 15 ans. Durant l’interview, elle raconte ses expériences avant et surtout pendant la crise libyenne. Sur le chemin, les femmes n’ont pas été fouillées mais les soldats ont regardé dans les couches de sa fille pour voir si elle n’y avait pas caché de l’argent ou un téléphone portable. Elle raconte que, pendant son séjour en Libye, les commerçants refusaient souvent de la servir ou lui demandaient le double du prix. Elle dit aussi avoir été agressée par un chauffeur de taxi, qui a essayé de l’étouffer avec son propre foulard avant de lui prendre le portefeuille qui contenait son argent, sa carte d’identité et son téléphone portable. Depuis la naissance de sa fille, elle n’a pas pu la faire vacciner car la police lui interdisait l’accès du centre de santé. Elle a également été victime d’attouchements de jeunes Libyens en pleine rue, alors qu’elle allait faire des courses en compagnie de son mari. Quand celui-ci a voulu riposter, les jeunes “l’ont attaqué avec des couteaux et, sans l’intervention d’une personne âgée, il aurait pu être gravement blessé”.
MA est très choquée par ces expériences, “cette injustice”, la peur constante qu’elle éprouvait en se cachant avec sa fille. Elle dit : “La Libye, c’est fini. Nous voulons rentrer au Mali, même si nous devons manger de la terre.”
KS est une jeune Malienne de 26 ans, célibataire et sans enfant. Après avoir obtenu un diplôme de secrétaire de direction en Libye, elle y a travaillé comme employée de maison pendant un an. Partie de Bamako, elle est passée par Gao et Kalil en Algérie, puis a transité par Ouargla et Ghadames en Libye avant d’arriver à Tripoli, où elle a rejoint sa sœur et son beau-frère. Elle dit qu’elle n’a pas eu de problèmes particuliers en Libye mais qu’elle a décidé de partir au début de la crise, une décision motivée par des problèmes familiaux dont elle n’a pas souhaité nous faire part. Comme elle est seule, l’arrivée de trois familles dans le camp le lendemain de la sienne et sa rencontre avec l’équipe de MdM ont été un grand soutien pour elle.
SM est un jeune Malien de 27 ans de la région de Kayes. L’interview a eu lieu le lendemain de son arrivée dans le camp. Il y a dix jours, des soldats lui ont tiré dessus dans les rues de Tripoli, alors qu’il essayait de se rendre à l’ambassade du Mali. Depuis, il a deux balles dans la jambe gauche et il n’a toujours pas reçu de soins médicaux. “Comme je ne peux pas être traité ici, dit-il, je souhaite rentrer rapidement au Mali, car il y a du fer dans mon corps et je risque de mourir.”
