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Moldavie
Assistance aux victimes de la Traite des Etres Humains et sensibilisations auprès de la population
La Moldavie est l’un des principaux pays d’origine de la traite des êtres humains (TEH) dans le monde. Le nombre de victimes est estimé à environ 60 000. Seule une minorité est identifiée et prise en charge. Les victimes souffrent de multiples affections physiques et mentales, et rencontrent des difficultés de réinsertion. Cependant, seule une minorité est identifiée et prise en charge. MdM a sensibilisé un large réseau de professionnels et propose une assistance aux victimes de manière multidisciplinaire, dans le nord du pays.
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La thématique de la lutte contre la traite des êtres humains est essentielle sur le continent européen. En deux ans et demi de travail, les équipes ont pu identifier et prendre en charge 31 000 personnes victimes directes, indirectes ou potentielles de la traite. Les victimes sont des hommes et des femmes qui ont quitté la Moldavie et se sont retrouvés dans des situations d’esclavage par le travail, dans le bâtiment, dans l’agriculture ou dans les métiers du sexe. Bien implanté dans cinq régions moldaves, MdM est sollicité par de nouveaux acteurs qui souhaitent l’extension des activités en Moldavie. L’association s’intéresse également à la Transnistrie, une zone grise et de non-droit moldave, qui s’est autoproclamée indépendante sans aucune reconnaissance internationale et qui se trouve sous influence russe. Le phénomène de traite des êtres humains y est tout aussi important. Un partenariat est par ailleurs en cours de réalisation avec des associations ukrainiennes de façon à collaborer sur les réseaux de traite. L’Ukraine est en effet confrontée aux problèmes de traite avec la même intensité que la Moldavie.
Juin 2010
PRÉVENTION DE LA TRAITE
Par Catherine Legras
Article extrait du Journal des donateurs n°98 - Mars 2010
Agir contre le trafic d'êtres humains
Pays considéré comme le plus pauvre d'Europe, la Moldavie est devenu l'un des principaux lieux de transit de la traite d'êtres humains. En 2007, un programme de lutte a démarré dans la région de Balti.
Dès le début des années 2000, le gouvernement moldave déclarait la traite des êtres humains comme étant un problème prioritaire. Mais du fait de l’insuffisance des ressources et de la corruption généralisée, la situation reste dramatique. Avec un salaire moyen de 160 euros par mois, les Moldaves ont du mal à survivre, et le départ à l’étranger même dans des conditions illégales leur semble souvent la seule option possible. Exploitation sexuelle, esclavage par le travail, réseaux de mendicité, trafics d’organes sont les principaux fléaux.
Résorber le phénomène
La Moldavie compterait 60 000 victimes de la traite. 75 % seraient des femmes mais contrairement aux idées reçues, ce phénomène touche aussi les hommes. Après un travail d’identification des victimes, notre objectif est de rassembler tous les acteurs qui peuvent agir pour améliorer leur prise en charge. Pour ce faire, l’assistance psycho- sociale est assurée par deux équipes mobiles composées d’une psychologue et d’une assistante sociale. L’assistance médicale est prise en charge par une clinique privée, faute d’un système de santé publique gratuit et accessible aux personnes socialement vulnérables, et par le réseau des médecins de famille de la région de Balti. La réinsertion professionnelle est mise en place par les acteurs locaux en ce domaine. L’assistance juridique reste à améliorer. Faute de protection, les victimes hésitent encore à porter plainte.
Enfin, les actions de sensibilisation et de plaidoyer font partie des points importants du programme. Une vingtaine de volontaires ont été recrutés pour intervenir dans les écoles et les institutions spécialisées avec des séminaires de prévention et dans les villages ruraux avec la distribution de matériel informatif, des jeux de rôles, des danses et des animations. Au niveau des institutions locales, la demande est que le système national de référence (SNR) du gouvernement devienne un mécanisme plus opérationnel et efficace. “Notre action doit s’inscrire sur le long terme car il est encore difficile de connaître l’ampleur du phénomène”, commente Laura Pasquero, coordinatrice. “Notre objectif est de pérenniser notre action et responsabiliser les structures publiques à la prise en charge des victimes.”
La traite des êtres humains
Par Florence Priolet
Journal destiné aux donateurs, n°92, Septembre 2008
La Moldavie reste un pays en transition économique et politique depuis son indépendance en 1991. La population active continue d’émigrer massivement. Depuis 1991, le nombre d’habitants est passé de 4,3 millions à 3,5 millions.
EN CHIFFRES :
- 29% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté
- 150 euros, c’est le salaire moyen en Moldavie
- En 2007, 81% des victimes étaient des femmes, 5% des hommes et 4% des mineurs
- 87% des cas de traite avaient pour but l'exploitation sexuelle, 10% le travail forcé, 2% la mendicité
- 60 000 c’est le nombre estimé de victimes moldaves de la traite, mais ce chiffre reste en deçà de la réalité.
La traite des êtres humains désigne le déplacement d’une personne – même si aucune frontière n’est franchie – avec obtention de son consentement par tromperie, abus d’une situation de vulnérabilité ou promesse d’un emploi. Tout cela en vue d’exploitation sexuelle, de travail ou de mendicité forcés, de trafic d’organes ou de petite criminalité.
(Photos : Lizzie Sadin)
Des réseaux qui exploitent la précarité
Par Florence Priolet
Journal destiné aux donateurs, n°92, Septembre 2008
SANTÉ MENTALE / Située aux portes de l’Europe, la Moldavie est l’un des principaux pays de l’origine de la traite. Soixante mille Moldaves seraient ainsi victimes d'exploitation sexuelle,de travail forcé ou de trafic d'organes. Depuis 2005, Notre ONG mène un programme de prévention et d’assistance aux victimes du nord du pays.
La Moldavie, ce petit pays ex-soviétique, frontalier de l’Ukraine et de la Roumanie, se vide de ses habitants. Depuis 1991, 800 000 Moldaves ont fui le pays par nécessité économique.
Parmi eux, 32% travaillent illégalement. Une migration clandestine dans laquelle puisent les trafiquants. Si le phénomène reste difficile à mesurer, l’Organisation internationale des migrations (OIM) estime à 60 000 le nombre de victimes moldaves. Traditionnellement orientée vers les Balkans, la traite s’organise aujourd’hui vers la Turquie, la Russie, Chypre et les Émirats arabes unis, tandis que la traite interne a été multipliée par trois.
Fuire le marasme économique
Plus que tout autre facteur, ce sont la pauvreté, le chômage et l’absence d’avenir – d’autant plus douloureusement ressentis que le pays est aux portes de l’Union européenne – qui expliquent ce phénomène. Cette proximité géographique suscite chez certains l’envie naturelle de tenter leur chance ailleurs. Les réseaux de traite exploitent ce désespoir et les trop faibles possibilités d’émigrer légalement. « Les victimes sont en majorité des jeunes femmes vulnérables, issues des campagnes, sans formation professionnelle et souvent victimes de violence familiale », explique Sonia Panzani, coordinatrice MdM. Pour s’en sortir, elles sont prêtes à partir pour l’étranger comme serveuse, danseuse, et parfois
même comme prostituée, seul moyen pour elle d’assurer à leur famille une vie décente. Pour la majorité des victimes, le premier intermédiaire a été un ami, une connaissance, voire un membre de la famille, un petit ami auquel on accorde facilement sa confiance. Comble de la perversion, certains trafiquants obligent les victimes d’exploitation sexuelle à devenir à leur tour « rabatteuses » et à recruter en Moldavie d’autres filles. Le prix à payer pour retrouver leur liberté. « C’est une manière particulièrement insidieuse de perpétuer la traite », explique Irina Todorova, coordinatrice du programme d’assistance aux victimes de l’OIM.
Les réseaux de traite exploitent le désespoir et la quasi-absence de possibilité d’émigrer légalement.
Des victimes cachées et stigmatisées
De retour en Moldavie, les victimes peinent à se réinsérer dans la société. « Elles présentent presque toutes des affections médico-psychologiques : syndrome post-traumatique, dépression, stress, culpabilité, troubles de la mémoire, complications gynécologiques dues aux violences sexuelles...», explique Cornelia, psychologue pour MdM.
Cornelia insiste sur ces préjudices profonds et durables qui constituent des obstacles majeurs au retour à une vie normale, à la prise en charge des enfants, à la recherche d’un emploi ou d’une formation. C’est dans ce contexte que MdM intervient à Balti, deuxième ville du pays, et dans cinq districts environnants pour sensibiliser la population et prendre en charge psychologiquement les victimes.
Mettre des mots sur des détails enfouis
Chaque jour, deux psychologues et une assistante sociale de MdM prennent les routes chaotiques du nord du pays pour se rendre dans les villages de chaque district. « Nous proposons une assistance psychologique à tout le monde pour éviter la stigmatisation et permettre d’identifier les victimes potentielles », précise Cornelia. Aux victimes de retour en Moldavie, il est nécessaire d’assurer un soutien psychologique tout en accompagnant leur réintégration. Mais il faut du temps avant qu’elles acceptent de mettre des mots sur des détailsprofondément enfouis.
De plus, souvent victimes d’exploitation sexuelle, les femmes sont trop facilement assimilées à des prostituées. « Parfois leurs proches pensent qu’elles ont perdu leur réputation, soupire Tatiana, assistante sociale de Médecins du Monde qui travaille directement avec les familles et le voisinage pour préparer le retour des victimes dans leur communauté. Nous les accompagnons également dans leurs démarches pour retrouver des papiers, un logement, un suivi médical… un retour pas à pas vers une vie normale. »
(Photos : Lizzie Sadin)
Partenaires pour briser la chaîne
Par Florence Priolet
Journal destiné aux donateurs, n°92, septembre 2008
PARTENARIAT / Pour combattre et prévenir la traite, les associations locales et internationales s’organisent pour proposer une assistance multidisciplinaire aux victimes de la traite. Un réseau de partenaires dans lequel s’inscrit Médecins du Monde.
« Si ce n’est pas toi, qui brisera la chaîne de la traite ? » interrogent les banderoles de la campagne de sensibilisation organisée par MdM et l’ONG locale Honneur et droits des femmes d’aujourd’hui (HDFA). Banderoles, stickers, films, articles de presse et autres émissions de radio «pour toucher le plus grand nombre, explique Olga Patlati, présidente d’HDFA, et ce, en lien avec les autorités locales ». Car, depuis 2001, le gouvernement moldave s’est saisi du problème et a mis en place un Comité national de lutte contre la traite et un système national de référence pour mener des actions concertées.
Mettre en garde
À destination du grand public, l’ONG La Strada a mis en place une hot line gratuite pour recevoir conseils sur le départ, aides dans la recherche des victimes et assistance à leur retour. Pour cibler les jeunes, les centres de santé Amis des jeunes leur offrent des services gratuits et confidentiels. Les soignants les sensibilisent aux problématiques des grossesses non désirées, du dépistage VIH ainsi que des violences et de la traite. « S’adresser aux jeunes en général permet également de toucher les victimes directes ou potentielles de la traite », explique Ina Biriucova, directrice du centre de Balti. Hors des murs du centre, une vingtaine de volontaires informent les plus vulnérables, accueillis dans les écoles et les orphelinats.
Pour diffuser l’information dans les zones rurales, très touchées par le phénomène et trop souvent coupées de l’information, le réseau de partenaires sensibilise les professionnels pouvant être en contact direct avec les victimes potentielles : médecins de famille, travailleurs sociaux et enseignants. Exemple : aucun centre de santé de la région ne disposait de registre spécifique pour relever les cas suspectés et réels de violence.
Un système de référencement
Selon leurs besoins, les victimes sont, à leur retour, suivies et prises en charge par les différentes structures d’aide régionales. Sur le volet médical, elles sont orientées vers le centre ATIS. Le soutien psychologique est assuré par les équipes mobiles de MdM. L’aide juridique et la formation professionnel le dépendent de HDFA. À plus long terme, le centre de formation professionnelle de Chisinau offre un espoir de réintégration sociale aux victimes en leur enseignant la coiffure, la manucure ou la cuisine. L’organisation américaine Winrock International soutient un système de bourses leur permettant de créer leur entreprise. « Mais, au-delà de nos actions de terrain, nous espérons que notre plaidoyer contribuera à terme à faire progresser les politiques publiques », rappelle Sonia Panzani, coordinatrice MdM.
« Les partenaires se réunissent une fois par mois pour examiner les cas et tenter d’y répondre au niveau local. Si ce n’est pas possible, nous les référençons au niveau national. »
Un cadre législatif peu appliqué
Certes, la Moldavie dispose d’un des meilleurs cadres législatifs de la région pour lutter contre la traite. Le pays a ratifié en 2005 la convention des Nations unies contre le crime transnational organisé, y compris le protocole de Palerme visant à prévenir, réprimer et punir la traite. Le code pénal a été révisé en 2003 afin d’inclure la traite comme un délit à part entière. Mais ce cadre législatif reste peu appliqué : faiblesses des cas de condamnation de trafiquants, corruption, manque de protection des victimes...
(Photos : Lizzie Sadin)
Questions à Sonia Panzani, coordinatrice de MdM en Moldavie
Extrait du Journal destiné aux donateurs, n°92, Septembre 2008
Pourquoi intervenir en Moldavie ?
Beaucoup de victimes de la traite viennent du nord du pays. Ce phénomène est reconnu mais difficile à enrayer puisque complexe, changeant et souterrain. La peur des représailles et la honte incitent beaucoup de victimes à taire leur histoire ou à ne pas rentrer en Moldavie. La majorité d’entre elles seraient donc « non identifiées ». Restant anonymes, peu de victimes bénéficient d’une prise en charge médicale, sociale ou juridique, même lorsqu’elles ont conscience d’en avoir besoin.
Quel est l’objectif du programme ?
Depuis 2005, nous intervenons sur la prévention et la prise en charge des femmes et des hommes victimes de la traite. Notre équipe intervient dans la ville de Balti, au nord de la capitale Chisinau et dans cinq régions environnantes. Nous travaillons en lien avec les acteurs locaux autour de quatre axes: la prévention, l’identification des victimes, leur prise en charge pluridisciplinaire et le plaidoyer.
Quelle est la spécificité de ce programme ?
Nous allons dans les villages à la rencontre des bénéficiaires pour leur proposer des consultations psychologiques. Autre spécificité, nous travaillons aussi bien auprès des victimes directes, des victimes indirectes – les enfants, par exemple – que des victimes potentielles, des jeunes femmes victimes de violences, des orphelins, des personnes handicapées.
Selon Cornelia, « l es troubles médico-psychologiques dont souffrent de nombreuses victimes favorisent leur enfermement dans le cercle vicieux de la précarité et de la misère, qui peut favoriser leur retour vers les réseaux de traite ».
Entretien de : Florence Priolet
Photographies : Lizzie Sadin
PRÉVENTION DE LA TRAITE DES ÊTRES HUMAINS
Balti et ses environs - programme long terme
Mai 2011
* Source : Pnud 2010
